Découverte d’un herbier signé Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) à l’université Claude Bernard Lyon 1 parmi les collections de la Faculté catholique de Lyon

 

Discovery of a herbarium belonging to Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) among the collections of the Catholic University of Lyon in the University Claude Bernard Lyon 1

 

  • Mélanie Thiébaut, Blandine Bärtschi & Nicolas Falzon

 

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Résumé / Abstract


Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) fut un médecin, un botaniste et un homme politique lyonnais, célèbre dans toute l’Europe à la fin du siècle des Lumières. Fervent défenseur de la classification linnéenne, il enseigna, publia et créa les premiers jardins botaniques et cabinets d’histoire naturelle à Lyon, mais aussi en Pologne et en Lituanie. D'après la littérature, ses propres collections semblent avoir disparu. Or, récemment, à l’herbier de l’université de Lyon, un ensemble constitué de 26 volumes reliés a été étudié, inventorié et finalement attribué à Gilibert.

Mots clés : herbier - cabinet d'histoire naturelle - Faculté catholique de Lyon - Jean-Emmanuel Gilibert

 

Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) was a doctor, botanist and politician in Lyon and famous through out Europe at the end of eighteenth-century (Age of Enlightenment). A fervent defender of Linnean classification, he taught, published and created the first botanical gardens and natural history cabinets in Lyon, but also in Poland and Lithuania. According to the scientific literature, his personal collections had all disappeared. However, recently, a herbarium made of 26 bound volumes has been found in the herbarium of the University Claude Bernard Lyon 1's. It was studied, inventoried and finally attributed to Gilibert.

Keywordsherbarium - natural history cabinet - Catholic University of Lyon - Jean-Emmanuel Gilibert

 

 


Plan


Introduction

Description de l’herbier relié de Gilibert retrouvé à l’herbier de l'université Lyon 1 parmi les collections de la Faculté catholique de Lyon

1. Volumes à couverture en vélin uni

1.a. Calendarium

1.b. Flora lugdunea

1.c. Flora alpina

1.d. Florula gallia australis

2. Volumes à couverture en vélin décorée de traits quadrillés tracés à l’encre

2.a. Hortus lugdunensis

2.b. Planta hortensis mathioliana

3. Volumes de figures

Les principaux collecteurs

Claret de la Tourrette

Dejean

Lortet

Patrin

Discussion - conclusion

Remerciements

Bibliographie

 


Texte intégral


 

Introduction

 

Jean-Emmanuel Gilibert est resté célèbre en tant qu’homme politique lyonnais, médecin, et surtout botaniste ayant beaucoup enseigné, publié de nombreux ouvrages, créé les premiers jardins botaniques officiels à Lyon ainsi qu’à Grodno (Biélorussie) et à Vilnius (Lituanie) et ayant constitué le premier cabinet d’histoire naturelle lyonnais pendant la Révolution. Né à Lyon en 1741, Jean-Emmanuel Gilibert partit faire des études de médecine à Montpellier où il fut initié à la botanique par Boissier de Sauvages 1, et où il herborisa avec Gouan 2. De retour à Lyon en 1764, il rencontra l’abbé Rozier 3 et Claret de La Tourrette 4 avec qui il se lia d’amitié (Gilibert, 1798) ; il aida ces derniers à organiser le jardin botanique de l’École vétérinaire de Lyon (Roux, 1913). Une fois établi comme médecin, il enseigna la botanique puis s’investit dans la création du premier jardin botanique de Lyon, situé aux Brotteaux, en 1773-1774. Face à l’échec financier de cette entreprise, il trouva un emploi en Pologne (Gilibert, 1798) où il partit en 1775 afin de créer une école de médecine. Il y passa neuf ans, fonda un jardin botanique et un cabinet d’histoire naturelle à Grodno, puis à Vilnius en 1781, et publia la première flore de Lituanie (Skridaila et al., 2015 ; Daszkiewicz, 2014).

A son retour en France en 1783, Gilibert, républicain déjà convaincu, adopta les idées des Girondins. Il fut élu maire de Lyon en 1793, emprisonné, puis remis en liberté par les lyonnais insurgés contre la Convention. Après une errance de 18 mois (Chaumeton, 1856), il revint finalement en 1796 et fut nommé professeur d’histoire naturelle à la toute nouvelle École centrale du département du Rhône, à laquelle étaient annexés un jardin botanique et un cabinet d’histoire naturelle (Roux, 1913). Le jardin botanique, établi dans le clos de l’ancienne abbaye de la Déserte, reçut le soutien politique, financier et botanique de l'impératrice Joséphine lors de ses visites à Lyon, au point qu'il devint le « jardin de l'Impératrice » en 1805. D’après Rousset (1962), « les collections du cabinet d’histoire naturelle étaient considérables ». A la fermeture de l’école en 1802, Gilibert conserva la charge du cabinet mais des accès de goutte le forcèrent à donner sa démission en 1810 ; il mourut en 1814 à l’âge de 73 ans.

La littérature nous apprend peu de choses sur l’herbier Gilibert : son herbier lituanien aurait été pillé et détruit (Daszkiewicz, 2014), et ses autres collections auraient été vendues à un antiquaire (Roux, 1905 ; Daszkiewicz, 1998). Pour Magnin (1906-1910), les herbiers de Gilibert ont été « donnés, au-moins en partie, à M. Jordan ». Bange précise que c’est Stanislas Gilibert qui aurait donné l'herbier de son père à Alexis Jordan (Bange, 2017). Cette partie qui aurait été donnée à Jordan n’a jamais été clairement identifiée, bien que soupçonnée par Josiane Broyer et Christian Bange de se trouver dans les collections de la Faculté catholique de Lyon (Bange, 2000 ; Faure et al., 2006). Or dernièrement, un herbier de 26 petits volumes reliés, contenant près de 5 000 plantes séchées, et pouvant être attribué à Jean-Emmanuel Gilibert, a été découvert à l’herbier de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (LY), parmi les collections en dépôt de la Faculté catholique de Lyon. La description détaillée de cette collection fait l’objet de la partie suivante.

 

 

Description de l’herbier relié de Gilibert retrouvé à l’herbier de l'université Lyon 1 parmi les collections de la Faculté catholique de Lyon

 

Cet herbier se compose de 26 volumes en vélin, reliés à la manière des collections des XVIIe et XVIIIe siècles. De petit format (environ 15-18 cm x 21-23 cm), il contient 5 000 spécimens recueillis principalement dans la région lyonnaise à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle (Fig. 1).

Fig. 1. Vue extérieure d’un volume de l’herbier Gilibert
(Photo Eric Le Roux / Direction de la Communication / Université Claude Bernard Lyon 1)

Les plantes sont collées sur le recto des feuillets ; en face, sur la page de gauche, figurent le nom manuscrit de la plante et souvent une description manuscrite, ou un ou plusieurs extraits et même parfois des petites figures, découpées dans des ouvrages latins ou français (Fig. 2).

Fig. 2. Vue intérieure d’un volume (Flora lugdunea, tome 4) de l’herbier Gilibert présentant deux collectes (a et b) de Ranunculus pallidior et chaerophyllos (Photo Eric Le Roux / Direction de la Communication / Université Claude Bernard Lyon 1)

L’ordre suivi est approximativement celui de la méthode sexuelle de Linné. L’écriture de Gilibert, bien reconnaissable, se retrouve sur tous les feuillets de cette collection : sous forme de numéros, de noms latins, de descriptions manuscrites, de dates et de localités succinctes. L’encre qu’il utilise est sombre et contient des paillettes qui pourraient être des cristaux de fer apparus par oxydation (Fig. 3). Il s’agirait alors d’une encre ferro-gallique (à base de fer et de tanins) couramment utilisée jusqu’au début du XXe siècle (Audibert, 2016). Pourtant ce type d’encre entraîne habituellement des dégradations du papier bien visibles (halo autour des lettres ou même perforation) qui ne sont pas du tout présentes ici. Une autre possibilité serait qu’il ait saupoudré de sable pour accélérer le séchage de son encre, ce sable contenant des paillettes de mica.


 Fig. 3. Ecriture bien reconnaissable de Gilibert accompagnant une plante « silene lusitanica [...] a monspelio ad mano gouan », dans le volume Florula gallia australis ; les paillettes de mica sont ici bien visibles.

Cet herbier de 26 volumes présente deux types de couvertures et se compose de différentes séries :

1. Volumes à couverture en vélin uni

1.a. Calendarium – 3 volumes, 649 spécimens

Il s’agit de volumes reliés dans divers tomes du Systema plantarum de Linné. L’un est intitulé « Calendarium Flora lugdunea gramina pro anno 1810 juxta sistema linnaé dispositum » 5 et est numéroté de 1 à 261 ; un autre n’a pas de couverture et les plantes y portent les numéros 491 à 752 ; le dernier a pour titre « Calendarium Flora lugdunea gramina pro anno 1810 » et est numéroté de 1 à 158. D’après Bange (2000), il y avait cinq volumes en 2006. Suivant la numérotation, il apparaît qu’il manque en effet au moins un volume. D’ailleurs, en quatrième de couverture du volume de Graminées et à l’envers, il est écrit de la main de Gilibert « tome 5 cinquième, Gramina », ce qui va dans le sens de l’hypothèse de cinq volumes au total.

Toutes les plantes de ces volumes sont présentées sur des doubles pages : numéro à gauche, plantes et étiquette, quand elle existe, à droite. Les spécimens sont classés selon le système sexuel de Linné. Ils ont été collectés principalement par Clémence Lortet 6 (à plus de 80 %) et majoritairement en 1810, les dates de collecte allant de 1806 à 1813. Les plantes sont fixées avec leur étiquette de collecte portant l’écriture typique de Lortet (Fig. 4). Cependant, c’est bien Gilibert qui a rassemblé ces collectes : c’est lui qui a inscrit les titres des volumes et les numéros de page, ainsi que de nombreux noms de plantes en page de gauche et parfois sur des étiquettes de collecte. Si les étiquettes de Clémence Lortet sont soignées, précises au niveau de la date et du lieu, celles de Gilibert sont peu lisibles, dépourvues d’informations ou approximatives. Toutes les étiquettes de Lortet sont datées et localisées ; on reconnaît également sa main dans la façon de décrire les localités et dans l’usage du français, Gilibert préférant le latin.


 Fig. 4. Collecte et étiquette de Clémence Lortet « Onosma echioïdes, les bois a la Pape le 29 mai 1810 »,
dans un volume du « Calendarium ».

A plus de 80 %, les plantes proviennent du Rhône, les localités familières de Clémence Lortet arrivant en tête : la Cadière, Beaunant, Oullins... L’un des volumes disparus a été étudié par M. Bange qui nous a fourni un inventaire des Ptéridophytes de cet herbier : les dates de récolte s'échelonnent de 1805 à 1812. Les localités indiquées par M. Bange dans ce volume disparu sont les mêmes que dans les trois volumes précédents, les étiquettes étant typiques, elles aussi, de Clémence Lortet.

Les deux volumes portant encore un titre s’appellent « Calendarium » ; il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec l’ouvrage intitulé « Calendrier de Flore pour l’année 1808 autour de Lyon » publié par Gilibert en 1809. D’autant plus qu’il reconnaît lui-même que ce travail aurait été impossible « sans le zèle d’une dame passionnée pour la Botanique, Madame Lortet », et qu’ils ont « concerté ensemble le plan du calendrier de Flore et fait chacun de son côté, les annotations sur le premier moment de la floraison pour chaque espèce » : Gilibert herborisant « autour de sa campagne (la Carette) » et Lortet « autour de celle de son père (la Cadière) ». On retrouve cette même façon de procéder dans ces trois volumes d’herbier. Pourtant, comme les sous-titres de deux volumes l’annoncent, l’année de collecte est à 90% 1810, soit l’année suivant la parution de l’ouvrage. On trouve par exemple en herbier Draba azoides récoltée en 1810 par Clémence Lortet dans son jardin mais provenant « de la Balme », or en mars 1809 cette espèce a été observée en fleur à la Balme d’après le livre. De nombreuses plantes de l’herbier ont été récoltées dans les mêmes localités que celles citées dans l’ouvrage, mais un ou deux ans plus tard : cela concerne 30% des plantes de ces volumes. 13 sont exactement les spécimens cités dans l’ouvrage, ils ont été collectés le même jour, la même année et au même endroit. Cela montre que Lortet et Gilibert, malgré la maladie de ce dernier, ont poursuivi leurs travaux sur la phénologie après la parution du livre ; ce fait est d’ailleurs avéré au moins jusqu’en 1810 (Duval, 1910) et transparaît à travers les manuscrits de Lortet (Lortet et al., 2018). Ces « promenades botaniques » de Lortet, rédigées en même temps que les collectes rassemblées dans ces volumes d’herbier par Gilibert, indiquent en effet qu’elle a été missionnée par lui pour poursuivre les herborisations. Ses accès de goutte empêchant toute sortie, il s’est occupé de réaliser le classement et le montage des plantes.

1.b. Flora lugdunea – 8 volumes, 1769 spécimens

Dans ces volumes, les plantes sont classées selon le système sexuel de Linné : le tome 1 débute par la Monandrie Monogynie, et le tome 8 s’intéresse à la Cryptogamie. Toutes les plantes sont présentées comme dans les précédents volumes, sur des doubles pages. A gauche : numéro, extraits d’ouvrages collés, et parfois description manuscrite de la main de Gilibert (70 fois) ; à droite : plantes fixées avec des bandelettes (Fig. 2). Pour environ 70 numéros, les plantes sont absentes. Les extraits découpés sont issus par ordre d’importance : du Systema Plantarum Europae, Gilibert, 1785 ; de l’Histoire des plantes d'Europe, Gilibert, 1798 ; de Flora Pomerano-Rugica, Weigel, 1769 ; de Flora Monspeliaca, Gouan, 1765 ; de l’Hortus regius Monspeliensis, Gouan, 1762 ; du Compendium Florae Britannicae, Sir James Edward Smith, 1801.

On trouve également 19 figures extraites de l’Histoire des plantes d'Europe de Gilibert (1806) dans les orchidées du tome 7. Les figures à la fin du volume de cryptogamie (tome 8) ont été découpées dans Barreliero 7 (1714) : Plantae per Galliam, Hispaniam et Italiam observatae, et dans le Botanicon parisiense de Sébastien Vaillant 8 (1727) qui était l'un des principaux ouvrages de détermination des Français avant Hedwig 9. Cette série, comme son nom l’indique, rassemble des plantes de la région, mais seuls 141 spécimens (soit 8%) sont accompagnés d’une localité : la moitié provenant du Rhône (la majorité du Grand Lyon, des monts du Lyonnais et beaucoup du Beaujolais, mais uniquement pour les mousses collectées par Saint-Victor 10), 15 % de l’Ain (surtout du Bugey), très peu de la Loire et de l'Isère ; une vient de Suisse. On reconnaît dans les localités renseignées, celles citées dans l’Histoire des plantes : Gorge de Loup, Fontanières, les Brotteaux, La Pape, Tassin, Ecully..., le Pilat...

Les spécimens sont numérotés et suivent l’ordre de l’Histoire des plantes d'Europe avec une numérotation beaucoup plus proche de l’édition de 1798 que de celle de 1806. Seules 19 plantes sont datées à l’année et 50 au mois. Les années de collecte vont de 1773 à 1814, année du décès de Gilibert. Les collectes les plus anciennes sont manifestement extraites d’autres herbiers car elles sont présentées sur des papiers découpés et collés. Il semble ainsi que Gilibert ait repris des échantillons de La Tourrette pour les incorporer dans son herbier : les mousses du Beaujolais de Saint-Victor (Philippe et al., 2016) ou la fougère de Rousseau par exemple (Fig. 5). Etant donné la présence d’emplacements dépourvus de plante mais numérotés, portant des noms d’espèces et des extraits d’ouvrage, il semblerait que cet herbier ait été voué à être complété par la suite. On peut donc estimer que cette série a été constituée autour de l’année 1810.


 Fig. 5. Collecte ancienne sur papier découpé et incorporé au tome 8 de Flora lugdunea ; on y reconnaît les écritures de Claret de la Tourrette et de Villars « acrostychon ilvense L. in alpib. delphin. D. villar 1779 » et « bugei a dortan ».

1.c. Flora alpina – 1 volume, 295 spécimens

Le sous-titre de ce volume est « Florula alpina seu ennumeratio plantarum quae fuerunt observata in alpibus delphinatibus ommissis istis quae crescent in montibus lugdunensis » 11. Il contient des angiospermes classées selon le système sexuel de Linné et numérotées, ainsi que six ptéridophytes. Seules six dates sont indiquées dans ce volume : deux de Claret de La Tourrette « in horto », 1767 et « in hort. Paris », 1770 ; une par Allioni 12 de 1774 ; trois des Alpes suisses en 1804. 161 étiquettes ont été écrites par l’abbé Dejean 13 (Fig. 6). Elles ne sont pas datées mais les localités y sont renseignées 36 fois ; on trouve « Montcenis », « Saint-Bernard » et le Mont-Blanc (Chamonix, Allée blanche, « Glacier du Miage »).


 Fig. 6. Collectes et étiquettes de l’abbé Dejean dans Flora alpina « Gentiana bavarica, St Bernard » et « Gentiana nivalis ».

Gilibert (1798) dit être allé herboriser à la Chartreuse près de Grenoble en 1772, mais ces plantes sont certainement issues d’une herborisation de Dejean, grand connaisseur de la flore alpine, peut-être celle qu’il a menée avec Lortet en 1812 dans le Dauphiné et en Haute-Savoie.

1.d. Florula gallia australis – 1 volume, 342 spécimens

Le sous-titre de ce volume est « Florula monspeliensis seu specimina plantarum galliae narbonensis [quae] desiderantur in tractu lugduneo » 14. On y trouve pas moins de 354 extraits de livres découpés dont 83 % sont issus du Systema Plantarum de Gilibert (1785), les quelques autres provenant de Gouan (1762) et (1765) et un seul de Mouton-Fontenille 15 (1804). Huit figures collées sont extraites d’une œuvre prélinnéenne de J. T. Tabernaemontanus de 1664, somme du savoir botanique et thérapeutique de son époque ; une figure a été découpée dans Barreliero (1714).

Les plantes y sont classées selon le système sexuel de Linné et numérotées, mais aucune n’est datée. Les localités, indiquées seulement 12 fois dont la moitié par Claret de La Tourrette et deux fois par Gouan, sont : Montpellier, Pont du Gard, Aigues-Mortes, Arles et Saint-Loup (Fig. 3).

2. Volumes à couverture en vélin décorée de traits quadrillés tracés à l’encre

2.a. Hortus lugdunensis – 9 volumes, 1685 spécimens

Les spécimens de ces volumes sont classés selon le système sexuel de Linné mais ne sont pas numérotés. Cette série comporte :

❖ 6 tomes et 2 suppléments portant le sous-titre : « Hortus lugduneus seu specimini plantarum rariorum quae fuerunt cultas in horto lugduneo a 1800 ad 1811 » 16. Le supplément 2 a pour titre : « supplementum horti lugdunei tomus secundus in sistema tournefort » ; il présente 164 plantes regroupées selon les principales classes de Tournefort. La moitié des plantes de cette série est datée, les années de collecte étant réellement étalées de 1800 à 1811 avec un pic entre 1808 et 1810. Les deux tiers des plantes sont localisés, et comme on s’y attend 98 % de celles qui le sont proviennent du Jardin botanique de Lyon, noté « h. l. » ou très rarement « hort. Lugd. ». On relève quelques exceptions : 16 spécimens de Patrin 17 qui sont plus anciens (1781) et proviennent de Sibérie (le tome 6 porte d’ailleurs le titre « A gynandria ad cryptogamia suplementum […] sibericarum ») ; trois de l’île Maurice (« insula Francia » et « insula Moris ») dont un de Commerson 18 et un « ex. horto Domino Poivre 19 » ; un de Thunberg 20 du Cap de Bonne Espérance ; trois de la Carette, propriété de Gilibert sur le plateau de la Croix-Rousse.

Les nombreux extraits d’ouvrage collés proviennent de Mouton-Fontenille (1804). On peut donc penser que cet herbier a été constitué après cette date, probablement vers 1808, avec l'incorporation de collectes plus anciennes (on trouve à plusieurs reprises des papiers extraits d’autres herbiers découpés et recollés, des étiquettes dues à d'autres mains dont celle de Claret de la Tourrette) ; des pages vierges ont été prévues afin de les remplir avec des collectes ultérieures (plusieurs dizaines de doubles pages sont encore sans plantes). On sait que le jardin botanique créé par Gilibert à la Déserte (actuelle place Sathonay à Lyon) renfermait près de 4 000 plantes (Gérard, 1896). Il existe d'ailleurs plusieurs listes des plantes cultivées dans ce jardin avec lesquelles on peut comparer l’inventaire de cet herbier :

- des listes de plantes rares du jardin de Lyon (ce qui correspond au sous-titre de cet herbier) de 1801 et 1805, présentes à la fin de l’Histoire des plantes d’Europe de 1806. Mais à peine 20 % des plantes de l’herbier collectées en 1805 se retrouvent dans la liste correspondante. Inversement, seules 30 % des plantes indiquées cet ouvrage sont présentes dans l'herbier.

- un Synopsis Plantarum Horti Lugdunensis imprimé par Gilibert, probablement en 1803 ou 1804 puisque le nom de Nicodemi 21 y figure en tant que directeur. Cette liste a ensuite été mise à jour en 1809 et le nom de Nicodemi a été barré et remplacé à la main par « de jean » : les plantes du jardin encore présentes sont cochées, les nouvelles ont été écrites à la main par Dejean. Ce dernier en parle d’ailleurs dans une lettre à Thouin comme d'un « catalogue informe qui est fait en grande partie à la main ». Or un grand nombre des plantes de l’herbier n’y sont pas listées (près de la moitié), même si on ne considère que les plantes ramassées en 1809, date de la version manuscrite du Synopsis (Gilibert, 1809). Cet herbier n’est donc pas exhaustif de tout ce qui y était cultivé, et inversement, tout ce qui provient du jardin de Lyon dans cet herbier n’est pas listé par Gilibert dans ses ouvrages. On peut seulement en conclure que ces listes et cet herbier n’avaient pas la même finalité. Le Synopsis était destiné aux échanges entre jardins et toutes les plantes n’étaient pas disponibles. Ces herbiers de format « portable » ont pu servir quant à eux aux leçons de botanique données par Gilibert.

❖  1 volume consacré aux plantes démontrées au cours de l’année 1811. Il s’agit du seul de tous les volumes qui soit signé ; il porte le sous-titre suivant : « Annus botanicus 1811 seu collectio rariorum plantarum quae fuerunt demonstrata et preparata in horto lugduneo ommissis istis quae ab anno 1800 ad 1810 fuerant preparata J. E. Gilibert proffessor » 22 (Fig. 7). Ce volume est clairement à part dans la série : il couvre l’ensemble des classes sexuelles de Linné et n’est consacré qu’à l’année 1811. Par ailleurs, d’après le sous-titre, il concerne les plantes « démontrées et préparées » au jardin de Lyon en 1811. Il s’agit donc des plantes qui ont été utilisées pour les leçons de l’Ecole de Botanique en 1811. En effet à cette époque, jardin botanique et cabinet d’histoire naturelle étaient avant tout envisagés en tant qu’outils pédagogiques (Duris, 1996). Gilibert, affaibli, ayant démissionné en 1810, on est en droit de penser qu’il avait plus de temps pour constituer ces herbiers, et qu’il souhaitait pérenniser l’enseignement de la botanique tel qu’il était pratiqué dans son école. Cet Hortus Lugdunensis n’est pas sans rappeler l’Herbarium Grodnense réalisé par Gilibert pendant son séjour à Grodno, mais il s’agit d’un titre extrêmement classique dans l'Ancien Régime, comme l'illustre Linné avec son Hortus Cliffordianus.

 Fig. 7. Sous-titre du volume de Hortus Lugdunensis consacré aux plantes démontrées au cours de l’année 1811 « Annus botanicus 1811 seu collectio rariorum plantarum quæ fuerunt demonstrata et preparata in horto lugduneo ommissis istis quæ ab anno 1800 ad 1810 fuerant preparata J. E. Gilibert proffessor ».

2.b. Planta hortensis mathioliana – 1 volume, 175 spécimens

Le titre exact de cet herbier est « Planta hortensis mathioliana Sistema botanici Linnaei ». Les pages sont numérotées mais un quart est dépourvu de plantes ; il n’y a ni localités ni dates, sauf une qui est de 1812. Il n’y a aucune description des plantes : en page de gauche se trouvent le numéro écrit par Gilibert et la figure collée (seules deux pages n’ont pas de figure) sur laquelle Gilibert a ajouté à l’encre le binôme latin ; en page de droite la plante sèche. Le nom de « mathioliana » provient de l’ouvrage de Matthioli 23, célèbre pour ses figures, paru en 1544 : Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis. Les figures de l’ouvrage de Matthioli furent simplifiées, inversées et réduites au quart plus tard par des éditeurs lyonnais, puis à leur tour reprises dans divers ouvrages successifs dont le « petit Bauhin », sorte de première flore lyonnaise. Ce sont ces figures que Gilibert réutilisa dans l'Histoire des plantes d'Europe ; cependant, pour cela, il a dû les identifier à des espèces linnéennes et les classer selon le système sexuel de Linné (Bange, 2000).

Ce volume possède deux parties :

- dans la première partie (n°1 à n°156 inclus), les figures proviennent du petit Bauhin. Sur ces dernières, Gilibert a écrit le nom linnéen suivi pour les plantes concernées de la mention « exotique », « indigène » ou « alpine », ainsi que le n° de figure correspondant dans son Histoire des plantes d'Europe, édition de 1798 et le n° de page du petit Bauhin d'où la figure a été découpée. Cependant, ces indications ont été inscrites avant le découpage des figures qui a régulièrement mordu sur les annotations manuscrites. On peut donc penser que Gilibert a d’abord travaillé directement à partir du petit Bauhin : sur chaque figure mathiolienne, il a indiqué le nom linnéen, la mention « exotique », « indigène » ou « alpine » et le n° de figure de son Histoire des plantes de 1798. Puis les figures de cet ouvrage ont été découpées et collées sur des pages numérotées suivant l’ordre de son livre de 1798. Plus tard, les plantes ont été rajoutées en face quand cela a été possible. Le petit Bauhin découpé ici a donc servi à l’élaboration de la correspondance linnéo-mathiolienne établie par Gilibert et à reclasser les plantes mathioliennes selon le système sexuel de Linné, tel que cela est présenté dans l’Histoire des plantes de 1798. C’est une pièce clé dans ce travail considérable réalisé par Gilibert. Il semblerait que ce petit Bauhin ait été découpé ultérieurement dans le but de réaliser ce volume et d’y insérer les plantes sèches correspondantes. On constate donc qu’en plus de ses recherches sur la nomenclature et la classification, il a repris l'étude de ces plantes avec du matériel frais. 80 % des plantes qui se trouvent dans cette première partie sont indiquées comme « cultivées » par Gilibert dans son Histoire des plantes. Elles correspondraient aux plantes « cultivées dans les jardins » présentées dans le 1er volume de l’Histoire des plantes, d’où le titre de cet herbier ;

- dans la seconde partie, les figures proviennent cette fois de l’Histoire des plantes de Gilibert, édition de 1798. Il s’agit du second volume, seconde série « plantes étrangères », figures n° 1 à 82 dans l’ordre. Cette partie a été apparemment ajoutée plus tard, sans doute pour comparer les figures et les plantes sèches, et illustrer les espèces étrangères. L’Histoire des plantes était un livre destiné aux étudiants ; cet herbier a pu être utilisé lors des leçons de Gilibert. Il est possible que ce volume ait fait partie d’une série présentant l’ensemble des espèces décrites dans l’Histoire des plantes, et qu’il soit le seul parvenu jusqu’à nous.

3. Volumes de figures – 3 volumes

Trois volumes dépourvus de plantes sont intitulés « Apetalae », « Polypetalae - Familiae naturalae » et « Polypetalae variae ». Ces titres correspondent à quatre des grandes divisions que Gilibert reconnaissait dans sa méthode analytique appliquée aux plantes du Lyonnais dans ses cours de botanique, ainsi qu’aux plantes de Lituanie, et qu’il présente dans le 3e volume de l’Histoire des plantes d'Europe :

« 1.° les plantes à fleurs monopétales ; 2.° les plantes à fleurs polypétales ; 3.° les plantes à fleurs visibles incomplètes, sans calice ou sans corolle ; 4.° les plantes à fleurs invisibles à l’œil nu. [...] les polypétales présentent d’abord les familles naturelles trop bien prononcées pour ne pas les isoler, les ombellifères, les crucifères, les papilionacées ; les autres plantes à fleurs polypétales sont à étamines peu nombreuses ou à étamines nombreuses. » (Gilibert, 1806).

On retrouve en effet dans le volume « Polypétales – Familles naturelles » : les Ombellifères, les Crucifères et les Papilionacées ; dans « Polypétales variées » : les « autres » polypétales à moins de 12 étamines et à étamines nombreuses ; dans le volume des « Apétales », Gilibert présente, comme dans son Histoire des plantes, « les plantes à fleurs incomplètes, ou celles dont les étamines et pistils visibles offrent un calice sans pétale, ou une corolle sans véritable calice ». Il manquerait donc à cette série deux volumes : les « Monopétales » et les « Cryptogames ». Les figures, découpées dans des ouvrages de botanique, sont le plus souvent collées sur la page de droite, en regard d’une page vierge. Gilibert a ajouté à l’encre leur binôme linnéen et leur nom vulgaire lorsqu’il n’y était pas (Fig. 8). A l’époque, des mêmes figures botaniques pouvaient être réutilisées dans plusieurs ouvrages, parfois d’auteurs différents. Nous avons pu ici en identifier trois sortes que nous rattachons à des publications de Leonhart Fuchs 24 et Antoine Gouan. Sur 317 figures répertoriées, 156 proviennent de l’Histoire des plantes de M. Leonhart Fuschsius (1549), 156 semblent extraites du Primi de stirpium du même auteur, mais d’une édition non retrouvée. Les cinq figures restantes, beaucoup plus récentes, proviennent vraisemblablement d’un ouvrage de Gouan : Hortus regius monspeliensis : sistens plantas tum indigenas … (1762) ou Flora Monspeliaca (1765).

 

 Fig. 8. Figure collée dans le volume « Apetale », probablement extraite de Primi de stirpium de Fuchs.

 

Les principaux collecteurs

Gilibert a collecté lui-même la plupart des plantes de cette collection. Cependant, d’autres collecteurs ont participé à ces volumes, certains de façon plus ou moins indirecte (Claret de la Tourrette, Patrin, Thunberg, Allioni, Commerson, Poivre...) et d’autres d’une manière plus active comme Lortet ou Dejean.

  • >Claret de la Tourrette 

Marc-Antoine Louis Claret de Fleurieu de La Tourrette (1729-1793) fut un grand naturaliste de terrain, mais aussi l'auteur de nombreux ouvrages de botanique de référence, d’un herbier considérable, et correspondant des plus grands botanistes de son époque (Magnin, 1906-1910). Il a créé le jardin botanique de l’Ecole vétérinaire de Lyon avec l’abbé Rozier, des jardins d’acclimatation à la Tourrette (à Eveux, près de l’Arbresle), et à Lyon (jardin Chazeau à Fourvière près de l’Antiquaille, d’après Gérard, 1896). Gilibert parle de lui comme d’ « une amitié vraie et sans le moindre nuage », et raconte qu’ils travaillaient beaucoup ensemble, avant comme après sa période lituanienne (Gilibert, 1798).

On retrouve un peu partout dans l’herbier relié de Gilibert des collectes imputables à Claret de la Tourrette, en particulier parmi les cryptogames de Flora Lugdunea (tome 8), mais aussi dans Flora Gallioprovincialis et dans le tome 6 de l’Hortus. Ces récoltes sont les plus anciennes de toute la collection (entre 1767 et 1791) et reconnaissables soit d’après leurs étiquettes typiques conservées avec les échantillons, soit d’après les localités caractéristiques de ses herborisations, ou encore d’après les collecteurs, fidèles correspondants ou amis de La Tourrette (Fig. 5). Ainsi sur une quarantaine de spécimens l’écriture et la présentation de Claret sont parfaitement reconnaissables. On trouve, par ailleurs, des mousses ramassées : à Dortan ou plus généralement dans le Bugey où chaque année il passait deux ou trois mois chez son oncle maternel ; à La Tourrette près de l’Arbresle ; à Fléchères où il herborisa en 1774 (Magnin, 1884).

Plusieurs  plantes ont été récoltées par des botanistes renommés :
-Thunberg : un échantillon d’Olea capensis dont l’étiquette est identique à celles retrouvées sur les spécimens de Thunberg présents dans l’herbier Claret de la Tourrette au Jardin botanique de Lyon ;
-Rousseau : un spécimen de Phegopteris polypodioides figurant sous le nom de Polypodium fontanum, que l’on retrouve dans l’Herbier Claret de la Tourrette de même origine, provenant du voyage botanique effectué par Rousseau au Pilat en août 1769 ;
-Saint-Victor : 15 spécimens de mousses du Beaujolais, certains avec une étiquette de la main de La Tourrette  (Philippe et al., 2016) ;
-Poivre : un spécimen de Ficus sycomorus de 1775 portant une étiquette de La Tourrette  ;
-Villars : un échantillon de Woodsia ilvensis (Fig. 5).

Presque tous ces spécimens attribuables à Claret de la Tourrette sont fixés sur un papier blanc qui a été découpé et collé dans les petits volumes reliés de Gilibert. Le découpage a d’ailleurs parfois mordu sur l’écriture. Parmi les mousses du tome 8 de Flora Lugdunea, 33 sur 138 sont attribuables à La Tourrette et 105 sont présentées sur un papier découpé. La majeure partie des mousses décrites par Claret dans son Chloris manquant dans son herbier conservé au Jardin botanique de Lyon, on peut imaginer que Gilibert les a incorporées dans son propre herbier, bien après la mort de Claret de la Tourrette. En effet, Gilibert a fait acheter l’herbier La Tourrette pour le cabinet d’histoire naturelle de l’école centrale entre 1801 et 1802 : d’après Rousset (1962) « les collections du cabinet d’histoire naturelle étaient considérables. Gilibert les avait enrichies, à condition d’avancer l’argent de l’achat, de l’herbier de la Tourrette, ainsi que des notes et des lettres qui y étaient jointes. » Il s’agissait d’une collection remarquable « riche de plus de 7 000 plantes dont 4 000 spontanées dans le Lyonnais ou élevées dans les jardins » (Magnin, 1884). Gilibert devait considérer l’herbier La Tourrette un peu comme le sien car il n'avait pas seulement avancé l’argent de l’achat, c'était aussi l'herbier d'un ami et d'un collaborateur de plus de 30 ans ; Gilibert connaissait mieux que personne la valeur de cette collection. On ne peut pas non plus douter que La Tourrette ait fourni à Gilibert des spécimens de son vivant.

  • Dejean

Gaspard Dejean (1763-1842) se forma à la botanique et entra en contact avec La Tourrette et Gilibert dès ses études au séminaire Saint-Irénée entre 1780 et 1784 (Magnin, 1891). Il se spécialisa dans l'étude de la flore des Alpes et du Dauphiné pendant la Révolution car il se cacha dans les montagnes pour échapper aux poursuites. Il fut nommé directeur du Jardin botanique en mars 1808 en remplacement de Gilibert dont la santé déclinait. On sait cependant qu’il herborisait déjà à Lyon depuis plusieurs années, notamment avec Lortet qu’il forma aux Cryptogames. C’est notamment lui qui mit à jour en 1809 le Synopsis édité par Gilibert en 1803 ou 1804. Après la mort de ce dernier, il le remplaça pour ses cours de botanique jusqu’à l’arrivée de Balbis en 1819.

D’après un article de 1820 dans le Journal de Lyon et du Département du Rhône : « Feu M. Gilibert faisait le plus grand cas de son ami Dejean ; il le regardait comme un des plus forts cryptogamistes connus... » (Magnin, 1891).

On retrouve des contributions de Dejean dans plusieurs volumes de l’herbier Gilibert dont l’Hortus Lugduneus ; cependant c’est essentiellement dans Flora alpina que l’on reconnaît sa marque à travers une herborisation alpine (Fig. 6).

Dans sa lettre à Thouin du 25 février 1813, il dit être « maintenant entièrement administrateur du jardin des plantes. L’état valétudinaire de Mr Gilibert, ne lui permet plus de faire le cours de Botanique, et par l’amitié qui me lie à lui je le fais à sa place ». Il ajoute l’année suivante « aujourd’hui par la perte de Mr Gilibert à Lyon, j’occupe la chaire de professeur en même temps que je remplis celle de directeur. Je sens combien je suis inférieur au mérite qui doit accompagner de pareils engagements. » 25

  • Lortet

Clémence Lortet (1772–1835) fut une botaniste, cofondatrice de la Société linnéenne de Lyon, d’abord élève puis collaboratrice active et bénévole de Gilibert alors affaibli par l’âge et retenu par de nombreuses occupations. Herborisant plusieurs fois par semaine, elle lui apporta une aide précieuse pour alimenter ses démonstrations de botanique et publia avec lui, sans le signer, le Calendrier de Flore en 1808. Elle se forma puis collabora avec les plus grands botanistes lyonnais : Dejean, Roffavier, Balbis, et laissa un important herbier de la région lyonnaise, actuellement conservé au Centre de conservation du musée des Confluences, et de bryophytes à la Société linnéenne de Lyon (Philippe et al., 2015 ; Lortet et al., 2018 ; Grisard et Philippe, 2017 ; Magnin, 1912).

Les collectes de Lortet sont très nombreuses dans l’herbier Gilibert : près de 600 dans les volumes du Calendrier mais aussi plusieurs dizaines dans les autres. Son écriture est très reconnaissable, de même que sa précision et sa façon de nommer les localités et de dater les spécimens (Fig. 4). Parmi ses récoltes, on remarque que de nombreuses plantes proviennent du Rhône, notamment des environs de sa propriété familiale (la Cadière, Beaunant, Oullins...), et quelques autres de l’Ain dont le château de Montribloud près de Saint-André-de-Corcy dans la Dombes où elle avait une amie (Roffavier, 1835).

Grâce au manuscrit des « Promenades botaniques autour de Lyon » dont il ne subsistait que les notes prises par Magnin (Magnin, 1912) avant sa redécouverte par Pierre Lortet en 2017 (Lortet et al., 2018), il a été possible de comparer des listes de plantes observées par Lortet sur le terrain, aux mêmes plantes se trouvant dans l’herbier Gilibert. Or, comme on l’a écrit plus haut au sujet du livre « Calendrier de Flore », on retrouve assez souvent les mêmes espèces observées précisément dans les mêmes localités dans l’herbier et dans le manuscrit. Par exemple dans l’herbier Calendarium, on trouve : Salsola kali qu’elle a observé à Pierre-Bénite dans les débris de la verrerie pendant la 5e herborisation ; Ophrys spiralis aux aqueducs de Beaunant ; Digitalis purpurea aux terres près du pont-d’Alaï ; Mercurialis perennis à St Fortunat près Montout, etc.

Grâce à ces manuscrits retrouvés, il est possible de constater combien l’attachement de Lortet pour Gilibert était fort. C’est pour lui, et à sa demande, qu’elle rédigea ces récits d’herborisation ponctués de messages personnels nostalgiques et émouvants. Gilibert avait-il le projet, dans la lignée du Calendarium, de rédiger un ouvrage présentant des circuits d’herborisations lyonnaises ?

On trouve dans Flora lugdunea, la dernière collecte (datée) avant le décès de Gilibert : une plante collectée par Lortet le 23 juin 1814 dont elle parle dans un de ses manuscrits en ces termes : « en promenant avec M. Dejean dans les pâturages au bord de la rivière d’Oullins nous avons trouvé le Nardus aristata que je n’avois jamais trouvé et qu’on ne croyoit pas dans les environs de Lyon. » (Lortet et al., 2018). Jusqu’à la fin, Lortet semble avoir partagé ses découvertes botaniques avec son « bon ami ».

  • Patrin

Eugène Louis Melchior Patrin (1742-1815) fut un minéralogiste et un naturaliste français qui voyagea à travers l’Europe (Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne). Grâce à Gilibert, Grodno puis Vilnius étaient devenus des lieux de passage obligés des naturalistes voyageant en Europe du Nord (Daszkiewicz, 2014). Patrin y rencontra son compatriote Gilibert qui lui donna des lettres de recommandation pour l’Académie de Saint-Pétersbourg où il obtint l’autorisation d’explorer la Sibérie contre l’engagement d’envoyer à l’Académie des doubles des objets qu’il recueillerait. Il y voyagea à ses frais durant 8 ans ! (Lassègue, 1845). De retour à Lyon, il fut nommé député conventionnel puis incarcéré par les Jacobins. Une fois libre, il offrit sa collection de minéraux à l’Ecole des mines de Saint-Etienne et en devint le premier bibliothécaire.

On ne trouve des parts de Patrin que dans l’Hortus Lugduneus, en particulier dans le tome 6 « sibericarum » ; 20 % d’entre elles portent des étiquettes de la main de Claret de La Tourrette. On trouve d’ailleurs des parts de Patrin dans l’herbier Claret de La Tourrette conservé au Jardin botanique de Lyon. Mais Patrin était pour Gilibert un « ami intime » (Audibert, 2017) et on ne peut pas douter que la majorité des plantes de Patrin aient été données directement à Gilibert.

 

Discussion - conclusion

 

Cette étude détaillée des herbiers reliés nous permet d’affirmer avec certitude que c’est bien Gilibert qui a constitué cette collection :

- il a numéroté, annoté, collé les extraits de livres, mais également collecté la plupart des plantes, et même signé un volume. Son écriture est bien reconnaissable, ainsi que son style ;

- on retrouve dans cet herbier les localités où il vécut presque sans interruption depuis l’enfance, sur le plateau de la Croix-Rousse et où il possédait un petit domaine au chemin Saint-Clair, sur le coteau du Rhône coupé par plusieurs vallons boisés dont le principal est la Carette. Ces lieux sont cités plusieurs dizaines de fois dans l’herbier et sont indiqués dans ses livres ;

- certains collaborateurs comme Lortet et Dejean ont participé activement à la récolte des spécimens du Calendarium ou de Flora alpina. Il s’agit de collègues qui étaient aussi des amis proches de Gilibert et qui l’ont accompagné jusqu’à la fin de sa vie. D’autres collecteurs présents dans ces volumes étaient des amis intimes de Gilibert avant la Révolution, et ont fourni de façon plus ou moins indirecte des plantes de cette collection : c’est le cas de la Tourrette principalement dont l’herbier a servi à Gilibert pour combler ses propres collections.

- énormément d’extraits d’ouvrage sont issus des livres de Gilibert : le Systema Plantarum Europae de 1785 ; l’Histoire des plantes d'Europe de 1798, ainsi que l’édition de 1806 ; les autres extraits ont été pris dans les livres de botanistes qu’il considérait comme des maîtres, notamment Gouan.

- la numérotation des plantes suit souvent celle de ses propres ouvrages ;

- une série importante de volumes (Hortus Lugdunensis) concerne le jardin dont il avait la charge et qu’il tentait de développer. L’un d’entre eux est même explicitement consacré aux plantes démontrées pendant ses leçons de botanique ;

- une autre série est relative à ses travaux de phénologie publiés dans le Calendrier de flore. Plusieurs caractéristiques du livre se retrouvent dans l’herbier : localités, dates, collectes extrêmement nombreuses de Lortet ;

- un tome a servi à établir la correspondance linnéo-matthiolienne établie par Gilibert telle qu’il la présente dans l’Histoire des Plantes de 1798.

- les volumes de figures suivent les grandes divisions que Gilibert reconnaissait dans sa méthode analytique appliquée aux plantes du Lyonnais dans ses cours de botanique.

Fontannes (1873) indique que le cabinet de Gilibert contenait 2 000 espèces de plantes lyonnaises et 3 000 de plantes exotiques. Ces chiffres sont assez proches de ce que l’on trouve dans ces 26 volumes reliés : environs 2 400 plantes lyonnaises et 2 500 « exotiques » pour Gilibert, ou plutôt non lyonnaises. Cependant, il est difficile d'accepter l’idée que l’herbier Gilibert se résumait à ces petits herbiers reliés. Gilibert a assemblé durant sa vie des collections très vastes et très diverses, qui ont été dispersées de son vivant à cause de ses voyages et de la période révolutionnaire mouvementée, puis après sa mort. Cette collection de petit format ne doit pas être considérée comme l’herbier Gilibert dans sa totalité, mais comme une partie qui a échappé à la dispersion et a été oubliée parmi les collections de la Faculté catholique de Lyon. Rappelons que ces dernières sont constituées de l’herbier d’Alexis Jordan 26, mais aussi d’un important herbier général provenant de Jules Alexandre Parseval Grandmaison 27 qui contient lui aussi des trésors du XVIIIe siècle encore mal étudiés. Il est à ce jour impossible de dire avec certitude si l’herbier Gilibert est arrivé dans les collections de la Faculté catholique de Lyon par le biais de Jordan comme le suppose Magnin, ou de Parseval Grandmaison, ou même par un autre don. Ces volumes reliés n’ont certainement pas encore tout révélé de leur valeur patrimoniale, floristique, épistémologique et historique.

 

Remerciements

 

Nous tenons à remercier vivement Pierre Lortet, Cédric Audibert du Centre de conservation et d'étude des collections du musée des Confluences, Natalia M. Shiyan de l’Herbier national d’Ukraine (KW), Marc Philippe de l’UMR 5023 LEHNA de l’université Claude Bernard Lyon 1, Jean-François Thomas du Jardin botanique de la Ville de Lyon, les Archives municipales de Lyon, Frédéric Danet du Jardin botanique de la Ville de Lyon, Joëlle Garcia de la Bibliothèque centrale et Florence Teissier de la bibliothèque de botanique du Muséum national d’histoire naturelle, Mathieu Lefèbvre du muséum d’histoire naturelle de Grenoble, Caroline Loup de l’herbier de l’université de Montpellier, Christian Bange de la Société linnéenne de Lyon, Manon Vallier de l’herbier de l’université Claude Bernard Lyon 1, Eric Leroux du service communication de l’université Claude Bernard Lyon 1.

 

 

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Notes


  1. François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767) : médecin et botaniste à la Faculté de Montpellier, responsable du jardin botanique, fervent défenseur de la nomenclature linnéenne.

  2. Antoine Gouan (1733-1821) : d’abord élève de Boissier de Sauvages, il le remplace à la chaire de botanique de la Faculté de médecine de Montpellier ; il forme de nombreux savants et correspond avec les plus grands naturalistes de son époque.

  3. Abbé François Rozier (1734-1793) : botaniste et agronome, professeur de matière médicale et de botanique puis directeur de l’enseignement à la première école vétérinaire d’Europe créée à Lyon par Claude Bourgelat.

  4. Marc-Antoine Claret de La Tourrette (1729-1793), voir paragraphe La Tourrette.

  5. Titre que l’on pourrait traduire par « Calendrier des herbacées de la Flore lyonnaise pour l’année 1810 suivant la classification linnéenne ».

  6. Clémence Lortet née Richard (1772–1835), voir paragraphe Lortet.

  7. Jacques Barrelier (1606-1673) : médecin et botaniste français, crée un jardin botanique à Rome ; l’ouvrage cité ici a été publié à titre posthume par Antoine de Jussieu.

  8. Sébastien Vaillant (1669-1722) : directeur du Jardin du Roi, professeur de Botanique, l’un des premiers à reconnaître le rôle fondamental des organes sexuels dans la taxinomie végétale.

  9. Johannes Hedwig (1730-1799), médecin et botaniste allemand, père de la bryologie moderne.

  10. Jean Mathieu de Varennes Bissuel de Saint-Victor (1738-1793) : ami et collaborateur de La Tourrette, herborise et fourni des plantes, en particulier des cryptogames ; herbier retrouvé en 2016 dans la propriété familiale (Tenu, 2016).

  11. Titre que l’on pourrait traduire par « Florule alpine ou énumération des plantes qui ont été observées dans les Alpes du Dauphiné, excepté celles qui croissent dans les monts du Lyonnais ».

  12. Carlo Allioni (1728/29-1804) : médecin et botaniste piémontais, professeur et directeur du jardin botanique de Turin.

  13. Abbé Gaspard Dejean (1763-1842), voir paragraphe Dejean.

  14. Titre que l’on pourrait traduire par « Flore montpelliéraine, ou spécimens de plantes de Gaulle narbonnaise – ou midi de la France – qui manquent dans la région de Lyon ».

  15. Marie Jacques Philippe Mouton Fontenille de La Clotte (1769-1837) : naturaliste français, professeur d’histoire naturelle à l’Académie impériale et au lycée de Lyon, en compétition avec Stanislas Gilibert pour le poste de professeur à l’école centrale et directeur du jardin botanique ; il devint finalement conservateur du Muséum de la ville (Audibert, 2017).

  16. Titre que l’on pourrait traduire par « Jardin de Lyon, ou spécimens de plantes les plus rares qui ont été cultivées au jardin de Lyon de 1800 à 1811 ».

  17. Eugène Louis Melchior Patrin (1742-1815), voir paragraphe Patrin.

  18. Philibert Commerson (1727_1773) : médecin, naturaliste et explorateur bressan ; il fit le tour du monde lors de l’expédition Bougainville et séjourna à l’île Maurice de1768 à sa mort.

  19. Pierre Poivre (1719-1786) : botaniste et agronome lyonnais, intendant des îles de France et de Bourbon, crée le Jardin de Pamplemousses, le premier jardin botanique de plantes tropicales créé au monde ; possède le château de la Fréta connu pour son jardin dans les monts d’Or.

  20. Carl Peter Thunberg (1743 -1828) : médecin, naturaliste et explorateur suédois, il remplace Linné à l’Université d’Uppsala. On sait qu’il a séjourné trois ans au Cap de Bonne Espérance entre 1772 et 1775.

  21. Gaetano Nicodemi (?-1804) : botaniste italien, directeur du jardin botanique de Lyon, adjoint de Gilibert de 1800 à 1802, et titulaire de 1803 à 1804 ; après sa disparition, Gilibert reprend les fonctions de directeur jusqu’en 1808, en plus de celles de professeur et de conservateur (Magnin, 1891).

  22. Titre que l’on pourrait traduire par « Saison botanique 1811, ou collection des plantes les plus rares qui ont été démontrées et préparées au jardin de Lyon, excepté celles qui avaient été préparées de 1800 à 1811 ».

  23. Pierrandrea Mattioli (1501-1578) : médecin et botaniste italien, auteur de l’ouvrage cité ici dont le succès fut immense à l’époque, en partie grâce aux célèbres figures dessinées par Giorgio Liberale d'Udine.

  24. Leonhart Fuchs (1501-1566) : médecin et botaniste allemand, il fonde le premier jardin botanique allemand à Tübingen.

  25. Correspondance de Thouin, Bibliothèque Centrale du MNHN.

  26. Claude Thomas Alexis Jordan (1814-1897) : grand botaniste lyonnais, fervent défenseur de l’immutabilité des espèces, qui constitua une bibliothèque et un herbier considérables ainsi qu’un jardin expérimental à Villeurbanne.

  27. Jules Alexandre de Parseval-Grandmaison (1795-1876) : avocat parisien retiré au château des Perrières, près de Mâcon, passionné de botanique et d’agriculture, il constitua un très bel herbier.

 

Auteurs


Mélanie Thiébaut
CeReSE, Université Claude Bernard Lyon1, 9 rue Dubois, 69622 Villeurbanne cedex, France
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Blandine Bärtschi
CeReSE, Université Claude Bernard Lyon1, 9 rue Dubois, 69622 Villeurbanne cedex, France
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Nicolas Falzon
CeReSE, Université Claude Bernard Lyon1, 9 rue Dubois, 69622 Villeurbanne cedex, France

 

Citation


Thiébaut M., Bärtschi B. & Falzon N., 2018. Découverte d’un herbier signé Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814) à l’herbier de l’université Claude Bernard Lyon 1 parmi les collections de la Faculté catholique de Lyon. Colligo, 1(1).https://perma.cc/5KSW-YMXR